Oser vraiment #reinventerparis

« A l’heure de la concurrence internationale entre grandes cités, c’est dans « l’extra-muros » que se trouvent les espaces pour continuer d’inventer une capitale moderne. Penser à l’échelle métropolitaine conduit à interroger la vocation du centre. Et cette refondation, nécessaire, est d’abord un acte politique. » Paru dans Les échos du 5 octobre dernier, l’article de Christophe Soisson démontre l’opportunité stratégique du projet porté par Anne Hidalgo. Il pointe néanmoins les incohérences de la démarche qu’il définit comme « inversée » : « Il y a très peu d’occasions de projets à la fois ambitieux, autofinancés et aussi féconds. L’enchevêtrement de responsabilités du territoire francilien sera-t-il capable de faire ses preuves en se retrouvant autour de cette opportunité ? Pour être à la mesure du « Grand » Paris, le politique, aussi, doit se réinventer. »

Source : Les Échos – Oser vraiment réinventer Paris, 5 octobre 2015

Retour sur l’appel à projets, par Jean-Louis Missika, Adjoint à la Maire de Paris chargé de l’urbanisme, de l’architecture, des projets du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité
L’innovation au-delà du geste architectural

L’appel à projets « Réinventer Paris » doit vous permettre d’expérimenter et de concrétiser l’étendue des innovations dont Paris a besoin. Loin de concerner la seule audace architecturale, vos projets pourront adresser l’innovation dans toutes ses dimensions. L’objectif n’est pas d’innover sur tous les fronts, mais de rechercher, sur chaque site, en quoi l’innovation est la plus pertinente pour faire émerger des solutions de pointe.

Innovez dans les usages d’abord, en concevant des bâtiments pluriels, mutables, intelligents. Les mutations rapides des modes de vie citadins appellent à innover dans les manières d’habiter, en faisant émerger des espaces de convivialité mutualisés ; dans les manières de travailler, grâce au coworking, au télétravail, aux incubateurs d’un type nouveau ; dans les manières de commercer enfin, à travers les showrooms partagés, fablabs et magasins éphémères. Inventez de nouveaux services adaptés aux exigences de santé et de vieillissement des Parisiens.

Les défis environnementaux de Paris sont massifs et appellent des solutions inédites. Les bâtiments font preuve d’innovation environnementale quand ils révolutionnent la production, la consommation et la récupération d’énergie ; quand ils interagissent de manière intelligente avec leur ilot et la ville entière ; quand ils intègrent des matériaux écologiques ; quand ils expérimentent des végétalisations innovantes ; quand ils concrétisent l’objectif «zéro déchet, zéro carbone».

L’innovation, c’est aussi investir de nouveaux espaces : les sous-sols, les toits, les friches, le périphérique et tous les lieux délaissés qui forment parfois l’avenir de notre métropole.

Enfin, innover c’est autant faire autre chose que faire autrement : l’ensemble de la conception des projets peut être source d’innovation. De la composition de l’équipe à la concertation avec les riverains, en passant par la gestion du chantier le montage financier, à vous de réinventer nos manières de construire aujourd’hui.

23 sites, 75 projets retenus :
Outre les professionnels de l’urbain, agriculteurs, chefs cuisiniers, anthropologues, artistes plasticiens, philosophes, curateurs, distributeurs de cinéma, créateurs de mode, énergéticiens, étudiants et leurs professeurs, opérateur de crèches, incubateurs, opérateurs de co-working … plus de 30 professions différentes, issues de 15 nationalités différentes se sont mobilisées autour du projet.
Pour découvrir l’intégralité des projets retenus, rendez-vous sur le site officiel de la Mairie de Paris « Réinventer Paris »

Credit photo : Mairie de Paris, Réinventer Paris

 

La Cité de Refuge, une rénovation à double sens

Depuis sa construction il y a 80 ans, la Cité de Refuge de l’Armée du salut a conservé sa fonction d’origine : héberger et accompagner des sans-abri vers l’insertion socio-professionnelle. La réhabilitation du bâtiment de Le Corbusier, orchestrée par les architectes François Chatillon et François Gruson, illustre les contraintes liées à la conservation de ce patrimoine emblématique du XXe siècle.

Avec sa façade aux couleurs délavées, l’immeuble qui s’étire entre les rues du Chevaleret et Cantagrel, dans le 13e arrondissement parisien, a triste mine. « Il faut avoir un a priori positif pour son architecte pour y voir autre chose qu’un bâtiment en béton défraîchi. », avoue François Chatillon, architecte en chef des monuments historiques, chargé de la restauration de l’œuvre.
À l’aube des célébrations du cinquantenaire de sa mort, Le Corbusier, pionnier du mouvement moderne, continue de diviser l’opinion.

Premier « Grand édifice » de l’architecte, et deux décennies avant les cités radieuses, la Cité de Refuge est d’abord un programme social extrêmement novateur : véritable laboratoire social et urbain, il propose un espace de reconstruction des hommes et des femmes jetés à la rue par la crise économique.
Pourtant au cœur du projet de logement social de Le Corbusier, les couchages en dortoir de l’époque n’étaient plus acceptés, ni acceptables aujourd’hui. Ce constat a donc poussé la Fondation de l’Armée du Salut à entreprendre d’importants travaux « d’humanisation » : pour la première fois, le centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) recevra des hommes seuls, des femmes avec enfants et des familles, issus de la rue, dans des studios neufs dotés d’une salle de bains et d’une kitchenette.

Mais pouvait-on faire les lourdes modifications nécessaires à son usage sans dénaturer l’ouvrage, protégé au titre des monuments historiques depuis 1975 ?

La restauration de la Cité de Refuge a soulevé de nombreuses questions, discutées au sein du comité de suivi scientifique et technique qui réunit une fois par mois, sous la présidence de la Direction régionale des affaires culturelles d’Ile-de-France (DRAC), tous les acteurs du projet pour valider les points de la réhabilitation de la partie classé du bâtiment.

« Revenir à l’état initial était très complexe et condamné d’avance parce que l’état initial n’était pas viable. A l’inverse, accepter les modifications du temps, oui, mais lesquelles ? », interroge François Chatillon. Le projet actuel prend donc le parti de montrer un état du bâtiment qui n’a jamais existé comme tel : les parties hautes des années trente avec la façade des années cinquante.

D’autant que le bâtiment initial a plusieurs fois été modifié. Construite dans les années trente, La Cité de Refuge a été modifié vingt ans plus tard par le Corbusier avec un changement radical de concept, allant au-delà de l’application des cinq points de l’architecture. A la fin des années vingt, l’architecte « comprend que la société dans laquelle il agit est une société éminemment machiniste. », explique Vanessa Fernandez, chercheuse à l’ENSA de Paris-Belleville et spécialiste de l’histoire technique de l’architecture.
Le Corbusier s’inspire de travaux hygiénistes et, en contact avec de nombreux scientifiques et chercheurs, imagine deux systèmes pour la Cité de Refuge : le « mur neutralisant », un double vitrage fait de deux pans de verre sans fenêtres qui couvre sur 1000m2 l’intégralité de la façade, complété par un système de climatisation individuel qu’il appelle la « respiration exacte ». Pour le Paris de l’époque, c’est une révolution technique.
Le Corbusier cherche ainsi à créer les conditions d’un confort moderne pour une population fragile : le silence, en bloquant les bruits de la rue, l’hygiène, en contrôlant la qualité et la température de l’air intérieur, tout en faisant des économies d’énergie grâce aux apports solaires passifs venant des grandes façades vitrées orientées vers le Sud. Les économies de combustible, rare et onéreux dans l’entre-deux guerre, sont d’autant plus précieuses. Mais, faute de moyens financiers et techniques, Le Corbusier n’arrivera jamais à faire aboutir ses deux principes phares. « En été, la façade vitrée agit comme un four et provoque une réaction violente des occupants de la Cité Refuge. Au bout d’un an de polémiques et de controverses, l’Armée du Salut ouvre des fenêtres dans le pan de verre » explique Vanessa Fernandez. Ruiné pendant la guerre, le bâtiment est presque laissé à l’abandon.

Dans les années cinquante, lorsque commence un travail sur les brise-soleil polychromes sur la façade tels qu’on peut les voir actuellement, Le Corbusier est en Inde. Il ne verra la façade qu’à son retour à Paris. Pour comprendre ce projet, il ne reste que des croquis de ses collaborateurs. Un arrêté du 15 janvier 1975 inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques les façades, les couvertures, le hall et l’escalier de la Cité de Refuge appartenant à l’Armée du salut, ce qui n’empêchera pas des opérations de restauration, au cours des années 1975 et 1989-90, d’altérer encore le projet initial. En outre, l’utilisation, au moment de la construction, de composants industriels peu chers, qui aujourd’hui ne se fabriquent plus, pose, de réels problèmes de méthode aux architectes restaurateurs.
Les couleurs vives de la façade, faussement mis en parallèle avec des œuvres suprématistes ou du mouvement du Stijl, sont un des éléments les plus sensibles de la restauration : fallait- il gratter les couleurs pour trouver celles qui avaient été faites dans les années cinquante et les restituer, sachant que Le Corbusier ne voulait pas ces couleurs ? Fallait-il plutôt répondre au souhait de Le Corbusier, qui avait écrit qu’il voulait les couleurs du drapeau de l’Armée du salut (bleu foncé, rouge grenat, ocre jaune) ?

A noter : dans la continuité de cette restauration monumentale, un appel de fonds est lancé pour la restauration du portique d’entrée de la Cité de Refuge afin de redonner toute sa splendeur architecturale au bâtiment historique. Le lancement de cette collecte a eu lieu le 16 avril dernier à l’occasion de la visite conduite ce jour-là sur l’opération.

Sources :
Cité de Refuge, François Chatillon
Pourquoi le patrimoine du XXème siècle est spécifique ? (AMC n°224, mai 2013)
Vers une architecture, Le Corbusier, éd. G. Crès, 1924
CITÉ DE REFUGE, LE CORBUSIER À L’HONNEUR, Bateg (VINCI)

Credit photo : Cité Refuge, Paris, Art for Sale, Photography © 2015 APOTHEOSIS FINE ART.

 

US : quand la réalité virtuelle s’invite dans les collèges

« Emmenez vos élèves là où vous ne pourriez pas aller avec un bus scolaire. »
Tel est le service que vient de lancer Google aux États-Unis. Le New York Times rapporte en effet que Google Expeditions propose une série de « voyages » développés avec professeurs pour coïncider avec les programmes scolaires.
Un « voyage » dans la Venise de Roméo et Juliette, sur la muraille de Chine, ou encore un « Recession Tour » pour un voyage dans le temps au coeur du monde financier en 2008 ?
Au lancement, les kits sont gratuits pour les écoles volontaires.
Comme le rappelle Natasha Singer, la journaliste du NYT, Google comme d’autres grandes firmes de la Silicon Valley s’intéressent de plus en plus au secteur éducatif et au grand potentiel de son marché dans le cadre d’une véritable démarche collaborative et co-créative avec les enseignants.

Source : Rue 89, 30 septembre 2015 – NYT, 28 septembre 2015

Crédit Photo : Andrew Federman / Bronx Latin High School, New York

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