Deep web, terre de liberté et d’anarchie

– On a exploré le deep web – par Sylvain Abel
Lire l’article sur le site de l’agence Spintank

Le terme deep web ou web profond apparaît de plus en plus régulièrement sur la toile, nous nous sommes demandés s’il existait effectivement un internet parallèle et si oui, ce que l’on peut y trouver. Concrètement, le deep web regroupe la totalité des sites non indexés par les moteurs de recherches classiques. Pour résumer, si ce n’est pas sur Google, c’est probablement du deep web.

Un simple contrôle de l’accès à des sites privés ?

Que sont ces sites non-référencés par des robots sur-optimisés qui, selon certaines sources composeraient 90% d’internet ? La réponse peut à première vue paraître moins excitante que prévue. L’immense majorité de ces espaces dispose juste d’un accès protégé, par un mot de passe (intranet, blogs privés), par l’utilisation d’un test de Turing (les captchas par exemple) ou simplement parce que les développeurs ont jugé que leur site ne devait pas être référencé et qu’ils ont réussi à tromper les robots scrutant les pages.

Ou un véritable réseau ?

Mais il existe une autre partie du deep web, et il s’agit de sites non accessibles avec un navigateur classique. Où se développe effectivement un internet « parallèle » sur lequel l’anonymat rend impossible l’application de la loi. À la fois intriguant et dangereux – pour votre ordinateur (attention aux virus), pour votre esprit (attention aux images qui restent imprimées sur la rétine) et pour des questions légales – on y croise bon nombre de projets et d’espaces qui, s’ils sont bien réels, franchissent sans vergogne le domaine des lois internationales. Ces sites ont une adresse en .onion – le reste étant généralement composée d’une suite de chiffres et de lettres désordonnées – et il est nécessaire de disposer d’un navigateur spécifique pour les atteindre, raison pour laquelle les moteurs de recherche ne les indexent pas.

Un accès toujours plus facile au fil du temps

S’il y a encore quelques années, les protocoles d’accès à ces sites étaient réservés à une élite d’informaticiens, il existe aujourd’hui des logiciels simples d’installation qui en ouvrent la porte. Le plus connu et le plus utilisé est sans aucun doute Tor, The Onion Router (qui a vu son trafic doublé en une semaine il y a un peu moins d’un mois, même si personne ne sait pourquoi). Conçu à la base pour sécuriser les communications de l’U.S. Navy, le protocole s’est démocratisé et est aujourd’hui accessible pour tous en un simple téléchargement. Tor est un logiciel d’anonymisation, également utilisable sur le web traditionnel, qui, sans entrer dans les détails techniques, crée un réseau d’échanges de connexions entre tous ses utilisateurs. Ainsi avant d’atteindre le site que vous chargez, votre connexion va passer par plusieurs points (d’autres internautes sur Tor) à travers le monde. Aucun de ces points n’aura votre identité précise, le système fonctionnant sur différentes couches d’informations qui se libèrent au fur et à mesure, conservant les suivantes cachées et ayant supprimé les précédentes. Rendant votre débit extrêmement lent, ce protocole a pour avantage de rendre très difficile le traçage de vos actions (pas impossible pour quelqu’un disposant d’un grand savoir-faire ou de beaucoup de fonds, mais tout de même suffisamment pour décourager n’importe qui de « normal »).

Une fois Tor installé, la découverte du deep web et des sites en .onion peut commencer, petit tour d’horizon qui est, bien sûr, loin d’être exhaustif de ce gouffre insondable.

Les deux stars du deep web, Hidden Wiki et Silk Road

Hidden wiki est sans doute la meilleure première étape possible pour s’engager dans la découverte du web profond. Véritable source d’informations, ce pendant de Wikipédia caché regorge d’explications sur le fonctionnement et les diverses utilisations du web – profond ou non. C’est également un index de liens, bien qu’un nombre important d’entre eux soient des liens morts (la stabilité des adresses est très faible sur le deep web, beaucoup de sites existent sous forme de multiples copies miroirs qui se développent parfois parallèlement). Par ailleurs, certains des articles portent aussi en eux une fibre philosophique poussée, comme l’un de ceux d’introduction au deep web intitulé « how to exit the matrix » qui va bien au-delà de simples explications techniques et pragmatiques.

Silk Road est sans aucun doute la star du web profond. Depuis maintenant un peu plus d’un an, avec la parution révélant que le site atteignait 22 millions de dollars en ventes annuels, ce marché anonyme est passé d’un espace privé et relativement confidentiel à une exposition répétée dans les medias. Et l’explosion médiatique du Bitcoin n’y est certainement pas complétement étrangère. Avant sa soudaine prise de valeur, le Bitcoin était avant tout la monnaie du deep web, et Silk Road est la plus importante place de marché de cet espace. Qui trouve-t-on ? A part des êtres humains en code barre et les armes, bannies depuis peu, tous les objets imaginables sont autorisés à la vente. Le mantra de Silk Road est de proposer des échanges anonymes entre deux individus consentant. La grande majorité des échanges tourne en effet autour de la vente de drogues de toutes catégories et provenances (avec une certaine « logique » tout de même, le cannabis vient plutôt des Pays-bas et de Suisse là où les produits chimiques proviennent de Chine et d’autres pays d’Asie). Bien entendu ces produits ne sont soumis à aucun contrôle. Des vendeurs malhonnêtes jouent donc sur la similarité de certaines molécules plus ou moins coûteuses à fabriquer, risquant la santé des consommateurs. Pour lutter contre ce type de problèmes, Silk Road a mis en place un système d’évaluation des vendeurs similaires à celui d’eBay. On y trouve aussi un forum très actif où les membres discutent entre eux des vendeurs ou encore des meilleurs procédés pour recevoir un colis.

Des sites aux contenus illégaux, arnaques ou véritable marché noir ?

On trouve sur cet espace un grand nombre de choses farfelues dont beaucoup carrément douteuses côté éthique. Il est aussi parfois très difficile de faire la part des choses entre les arnaques et les véritables propositions commerciales. En admettant que tout soit réel, un véritable marché du vol et de l’assassinat s’est développé. Mais il est probable qu’en réalité il s’agisse – tout du moins pour les tueurs à gage – de simples arnaques, et le fait qu’il faille payer la moitié du prix en avance ne pousse pas à la confiance si l’on peut dire.
D’autres contenus qui seraient certainement censurés sur le web traditionnel s’y trouvent, notamment des manuels de guérilla, des explications pour fabriquer des bombes montées comme un meuble suédois (là encore attention, suivre des instructions à la lettre pour faire des mélanges chimiques peut se révéler dangereux pour les autres, mais aussi pour soi selon l’intention de la personne qui les a écrites).

Le repaire des contenus off-limits

Mais ce qui fait avant tout la réputation du web profond c’est le sexe. Que ce soit la pédophilie, la zoophilie ou la location de prostituée, ce sont des choses bannies du web traditionnel qui ont trouvé refuge dans cet espace. Le deep web est le repaire du contenu qui doit impérativement rester caché tout en étant accessible. La couche d’anonymat ajoutée par Tor (et potentiellement d’autres logiciels complémentaires) semble suffisamment rassurer certains internautes pour discuter et partager ces contenus. Pourtant, ces pédophiles sont activement recherchés, et il n’est pas possible de douter que les services de renseignement et de cybercriminalité n »ait pas conscience de l »existence de ces espaces. Impossible par contre de savoir s’ils n’arrivent pas à agir, s’ils ont un impact et pratiquent des arrestations par ce biais ou encore s’ils sont infiltrés dans ces réseaux pour en démanteler de plus importants. Toujours est-il que même le Hidden Wiki liste certains de ces services, bien qu’il soit difficile sans cliquer sur les liens de savoir ce qui se cache réellement derrière, des virus, de la pédophilie ou le FBI.

Mais tout n’est pas noir sur le deep web

Malgré ces aspects peu réjouissants, le deep web regorge aussi de projets originaux plus humains. Et c’est avant tout dans la mise en commun des connaissances, une autre facette des espaces libertaires, que le deep-web excelle. Investi avant tout par les informaticiens, l’espace regorge de manuels dédiés à la fois au software et au hardware, il y en a bien assez pour ridiculiser la plupart des bases de données du web traditionnel combinées. D’autres projets relèvent de ce processus de partage de contenus librement, comme The Free Bibliotheca Alexandrina qui porte bien son nom. C’est un site sur lequel les internautes sont invités à déposer des documents s’apparentant aux livres en format numérisé (essais, textes ou encore bande-dessinées). Ceux-ci sont ensuite accessibles à n’importe quelle personne qui se connecte au site. Seule requête des administrateurs : que le nom du fichier lors de l’upload soit clair, comprenant titre, auteur et si possible date de l’ouvrage. Et ce n’est pas le seul, on trouve des concurrents regroupant manuels et romans comme The Tor Library, en illustration, et ses quelque 55GB de fichiers pdf. Enfin, on trouve également des services proposant gratuitement des espaces de stockage sans limite d’espace, avec un bémol cependant puisqu’il faut pouvoir accéder au deep web pour récupérer ses fichiers.

Pour conclure

Le deep web est une terre de liberté et d’anarchie. Difficile à surveiller grâce au cryptage apporté par Tor et à l’instabilité des sites qui s’y trouvent, c’est un espace où l’on est confronté à des pratiques taboues ailleurs. Qu’il s’agisse d’horreurs ou d’idéal de partage, le manque du contrôle traditionnel des données est sa caractéristique première. Et pourtant, il est certain que ces espaces font l’objet d’une certaine surveillance, car si des fils de discussion entiers expliquent comment s’y rendre sur le forum 15-18 de jeuxvidéo.com, qui pourrait penser que les organismes d’état chargés d’enquêter sur les pratiques illégales du web n’ont pas conscience de leur existence ? Le deep web est par ailleurs de plus en plus souvent mentionné sur la partie émergée de la toile. Et cette exposition pourrait bien transformer ces espaces méconnus et cachés en plateformes très fréquentées.

À propos de l’agence Spintank

Crédit photo : Creative Commons Deep Web

 

Nudge & économie comportementale

Le Nudge marketing : une révolution qui ne fait que commencer
Lire l’intégralité de l’interview d’Eric Singler, Directeur Général du groupe BVA en charge de la BVA Nudge Unit / marketresearchnews.fr

Synthèse

Souvent traduit de manière appropriée par « coup de pouce », le Nudge repose sur l’encouragement, « l’incitation douce » et vise à créer une architecture de choix qui incite les gens à se comporter de manière vertueuse, que ce soit pour eux-mêmes, pour la collectivité à laquelle ils appartiennent, ou même pour la planète.

Tout est influence.
Le fait de vouloir changer des comportements – est partout : l’enfant « influence » ses parents, nous « influençons » une personne lorsque nous cherchons à la séduire, l’état nous « influence » pour nous inciter à voter ou à payer nos impôts… De fait, le Nudge à bien vocation à inciter les individus à passer d’un comportement A à un comportement B, avec un cadre extrêmement précis, puisqu’il il s’agit d’inciter les individus à adopter des comportements éthiques pour l’individu et la collectivité.

L’économie comportementale constitue le soubassement théorique du Nudge, et avec elle, une nouvelle compréhension des facteurs d’influence des décisions et des comportements humains, en opposition radicale avec ce qui s’est dit pendant longtemps quant à la psychologie humaine, disons depuis Descartes.

Des expérimentations, qui ont démarré dans les années 1970 aux USA, ont peu à peu invalidé ce paradigme. Des chercheurs, issus à la fois du monde de l’économie et de la psychologie dont les principaux sont Daniel Kahneman, Amos Tversky et Richard Thaler ont progressivement constitué un nouveau champ intitulé « Behavioral Economics ».
Toutes les décisions que nous prenons tous les jours dans la vraie ne sont pas si rationnelles que cela.
Et au-delà, que nos illogiques de décisions sont systématiques.
Nous sommes « Predictably Irrational », pour reprendre le titre du livre de Dan Ariely.
Il existe donc des mécaniques, des lois, des biais récurrents : les théoriciens de l’économie comportementale vont donc s’efforcer de répertorier et de décrire ces facteurs d’influence.

Dates clés
2002 : le prix Nobel d’Économie est attribué à Daniel Kanheman, ce qui donne ainsi une légitimité scientifique extraordinaire aux travaux d’une dizaines de chercheurs jusqu’ici plus ou moins considérés comme des « rebelles » relativement marginaux.
2008 : la publication de Nudge (par Richard Thaler et Cass Sunstein) bénéficie d’un retentissement important en opérationalisant les acquis de la Behavioral Economics
2009 : la nomination de Sunstein par Back Obama à la tête de l’Office de Régulation américaine pour appliquer les théories du Nudge. Quelques mois plus tard, c’est au tour de David Cameron de créer au 10 Downing Street une équipe dédiée à l’utilisation du Nudge, que les journalistes vont très vite qualifier de Nudge Unit. Dès lors que le Nudge commence à être appliqué dans le cadre des politiques publiques, des cas sont publiés en toute transparence, et donnent ainsi largement à voir l’efficacité potentielle de ces théories. Dans la foulée des USA et de l’Angleterre, d’autres pays du monde anglo-saxon commencent à utiliser le Nudge : Singapour, l’Australie, , la Nouvelle Zélande.
2014 : test du projet « Gouverner efficacement » mené par le département politique de la Chancellerie allemande puis adoption des théories du nuage par la Banque Mondiale.
2015 : Création d’une « Foresight and Behavioural Insight Unit » au sein de la Commission européenne

Le BVA NudgeLab, schéma d’intervention : une approche « ethn’holistique » en 4 temps
– identification du rôle des 3 grandes familles de facteurs d’influence pour comprendre les freins explicites et implicites à l’adoption du comportement souhaité mais aussi les leviers potentiels.
– mise en oeuvre d’ateliers de créativité – les NudgeLab -, animés selon les principes du design thinking et intégrant des outils spécifiques de stimulation et de guide de la créativité des participants, sélectionnés pour constituer une collectivité créative à partir de profils variés (représentants des différentes fonctions du client, experts du Nudge, experts sectoriels, créatifs, usagers ou consommateurs…). Ce qui génère de 150 à 200 idées, réduites le plus souvent à une trentaine qui sont décrites avec précision.
– sélection par les experts selon les principaux critères suivants : quelle est la puissance potentielle de l’action ? Sa dimension éthique ? La facilité de mise en œuvre, coût inclus ?
– test « en conditions réelles », avec des plans d’expérience afin de valider l’efficacité des actions et d’envisager des éventuelles optimisations en fonction des modifications observées quant aux comportements des individus.

Ressources complémentaires :
Nudge de Richard H. Thaler et Cass. R. Sunstein
The Business Of Behavioral Economics, Mickael Blanding Forbes.com
Angela Merkel à la recherche de philosophes, Frédéric Lemaître Blogs Lemonde.fr
Les Nudges, « force de persuasion », par Patrick Capelli Libération.fr
Nudge, et si on imposait pas les bonnes décisions ?, par Fol Bavard, Lescahierslibres.fr
Pour la prise en compte du Nudge dans les politiques publiques, Espace Actualités de l’Union Européenne

Crédit photo cover : Creative Commons – Wikimedia

 

#CivicTech Liberté Living-Lab

Après la food tech, l’ad tech ou encore l’ed tech, voici… la « civic tech ». Le Liberté Living Lab a été officiellement inauguré ce jeudi, en présence de la secrétaire d’Etat au Numérique, Axelle Lemaire.
Cet immeuble de 1 600 mètres carrés, situé en plein coeur de Paris, doit symboliser l’émergence d’une nouvelle génération de start-up, d’ONG, d’associations, de chercheurs, de services publics ancrés dans le numérique.

Le lieu sera complètement opérationnel en octobre et ouvrira alors sept jours sur sept, 24 heures sur 24.

Il réunira des start-up, un Fab Lab, un atelier d’intelligence artificielle, organisera des événements ouverts au public… L’espace veut aussi être incarné par 200 personnalités – une cinquantaine ont été réunies, pour l’instant. « Il faut créer du lien, affirme le cofondateur du Liberté Living Lab, Jérôme Richez. L’espace doit être pluridisciplinaire, interculturel et multigénérationnel. Inventer de nouvelles technologies dans un monde en ruine ne sert à rien. » Ses premiers résidents sont néanmoins déjà en place. Une dizaine de start-up y travaillent, certaines en collaboration avec des administrations, et trois artistes, du collectif (La) Horde, viennent même d’y poser leurs valises, souligne Jérôme Richez.

Des projets variés

Parmi les premiers résidents, dont l’hébergement est gratuit, figure notamment la plate-forme Laprimaire.org. Celle-ci doit permettre de faire émerger des candidats à la présidentielle en fonction des attentes des internautes. Elle compterait déjà près de 50.000 inscrits. Autre projet de cette « civic tech » : Fluicity. Créée par Julie de Pimodan, ancienne journaliste et ex-salariée de Google, cette application permet aux communes d’informer et de consulter leurs administrés sur les projets en cours. HelloAsso a aussi établi ses quartiers dans le Liberté Living Lab. Cette plate-forme recense 15.000 associations et leur permet d’orchestrer leurs campagnes de financement. Depuis six ans qu’elle existe, elle a permis de collecter 20 millions d’euros au total, dont la moitié sur les huit derniers mois. Et, en 2016, elle pourrait réunir autant d’argent que depuis sa création. Avec un modèle économique basé sur les pourboires laissés par les donateurs. Un mot qui n’est plus tabou. « Dans la Silicon Valley, des start-up en quête de sens ont émergé, sans perdre de vue la rentabilité », a expliqué Axelle Lemaire lors de l’inauguration, tout en soulignant le défi de cette « civic tech » : « Réussir à parler à tout le monde. »

Accéder à l’article La « civic tech » française se met en place autour d’un nouvel espace, de Nicolas Pauline sur business.lesechos.fr

Crédit photo cover : blogs.microsoft.com

 

Caractériser l’innovation sociale

Comment reconnaître une innovation sociale ? Pour détecter, accompagner ou financer l’innovation sociale, encore faut-il savoir identifier le caractère socialement innovant d’un projet ! Aucun label n’existe pour « certifier » une innovation sociale. En revanche, de nombreux travaux, souvent menés par des collectifs d’acteurs, ont permis d’élaborer des outils de définition et de caractérisation.

par Avise.org, portail du développement de l’économie sociale et solidaire

Créée en 2002 par la Caisse des Dépôts et des grands acteurs de l’économie sociale, l’Avise agit pour accroître le nombre et la performance des entreprises d’économie sociale et solidaire créatrices d’emplois et d’activités nouvelles.

Une grille de caractérisation reconnue au niveau national

Elaborée en 2011, sous l’égide de l’Avise et du Mouvement des entrepreneurs sociaux, par des acteurs de l’économie sociale et solidaire, acteurs de l’innovation et chercheurs, cette grille de caractérisation vise à fournir une base commune à l’ensemble des acteurs de l’innovation sociale, tout en s’adaptant à la diversité de leurs besoins :

– entrepreneur souhaitant diagnostiquer son projet pour repérer des pistes d’amélioration,
– organisme cherchant à sélectionner des projets innovants pour les financer, les valoriser,
– incubateur proposant d’accompagner des projets dans leur développement, etc.
Cet outil est structuré selon 4 axes, correspondant aux 4 piliers de caractérisation d’une innovation sociale, et propose pour chacun une sélection de critères socles (cœur de la caractérisation) et de critères complémentaires (facultatifs). La méthode de pondération n’est pas figée, chacun est libre de la définir en fonction des objectifs de la caractérisation.

Télécharger la grille complète de caractérisation de l’innovation sociale

Crédit infographie : Maison de la citoyenneté mondiale

 

L’économie collaborative n’est ni sociale ni solidaire

Sous couvert de bonnes intentions, l’économie collaborative ne fait que mettre en œuvre son idéal mercantile. Or, elle fait de l’ombre à l’économie sociale et solidaire sur le terrain des valeurs.

Auteur : Mathias Thepot

L’économie collaborative n’a pas toutes les vertus qu’on lui prête souvent. Cette économie de services à la demande à travers des plateformes d’intermédiation numérique cache en réalité un idéal principalement mercantile, bien éloigné des notions d’intérêt général induites par le terme « collaboratif ». « Il y a une certaine confusion de langage subtilement entretenue », dénonce dans une interview très intéressante à Rue 89 Hugues Sibille, le président de Labo de l’économie sociale et solidaire. « Les gens utilisent de manière synonyme, économie collaborative, économie du partage et économie sociale et solidaire.
C’est une erreur : ce ne sont pas les mêmes finalités
», ajoute-t-il.

Pas les mêmes principes
L’ancien vice-président du Crédit coopératif n’a pas tort. De son côté, l’économie sociale et solidaire (ESS), qui pèserait 10 % du PIB français, inclut principalement des entreprises s’imposant des principes de gouvernance démocratique, de lucrativité limitée, et de réinvestissement des bénéficies en interne, sans distribuer de dividendes. Par ailleurs, ces entreprises tentent en priorité de répondre à des besoins fondamentaux que sont l’éducation, la santé, l’emploi et l’environnement.

Or le moins que l’on puisse dire, c’est que les principales sociétés qui constituent l’économie collaborative ne répondent pas à ces principes, malgré une volonté exacerbée de le faire croire. « L’économie collaborative peut avoir pour but le profit et générer des entreprises capitalistes classiques. C’est le cas des plus populaires et des plus grandes aujourd’hui, Airbnb, Uber et Blablacar », note Hugues Sibille dans son interview à Rue89. Elles font pleinement partie de l’économie de marché. « Il faut se rappeler que la finalité d’Airbnb n’est pas de mettre en relation un jeune Parisien et un jeune New-Yorkais. Sa finalité, c’est de gagner du fric », rappelle Hugues Sibille. Elles sont d’ailleurs valorisées par le marché à des montants astronomiques. Pour reprendre les trois sociétés citées, Airbnb est valorisée par le monde des affaires 25 milliards de dollars, Uber 50 milliards de dollars et BlaBlaCar 1,6 milliard.

Générateur d’inégalités
D’un point de vue moral, l’économie collaborative a même plutôt tendance à accroître la rentabilisation du capital, comme Airbnb, et donc à alimenter les inégalités patrimoniales. Ce qui éloigne définitivement cette économie de tout idéal social. Et au-delà du nouveau service qu’elles rendent aux clients, « ces entreprises investissent très peu. Airbnb ne met pas un euro pour investir dans un appartement, ou Uber dans une voiture. S’il y a création de valeur, elle est limitée », regrette Hugues Sibille.

Autrement dit, l’économie collaborative d’aujourd’hui, ce sont davantage des entrepreneurs qui ont parfaitement compris l’apport de l’outil numérique pour améliorer le service client. Ces plateformes jouent un rôle d’intermédiaire accéléré, et perçoivent des commissions pour cela. Elles révolutionnent leur secteur, certes, mais pas les rapports humains. « Faire partie de la communauté des « hôtes » Airbnb, c’est comme être client de Leroy Merlin avec une carte de fidélité, rien de plus », explique aussi Hugues Sibille…… Accéder à l’intégralité de cet article sur : La Tribune, 8 janvier 2016

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