Expérimenter les tiers-lieux

Les tiers-lieux, une notion à expérimenter et co-construire
par Raphaël Besson, Docteur en Sciences du Territoire (Laboratoire PACTE, Université Joseph Fourier, Grenoble) et Chef de projet Living Lab à la Casemate, centre de culture scientifique.

Les tiers-lieux sont des espace hybrides situés entre le domicile et le travail (un « home-away-from-home ») et à l’intersection de l’espace public et privé. Positionnés à l’interface des sciences, de l’économie et de la société, les tiers-lieux ne sont pas restreints à un secteur particulier. Ils peuvent concerner les champs des technologies numériques, médicales, de la culture, du sport, des loisirs etc. Leur spécificité réside justement dans leur capacité à organiser l’interdisciplinarité dans des espaces qui peuvent être physiques et/ou virtuels.

Des lieux stimulant les interactions sociales

Les tiers-lieux créent les conditions d’une plus grande capacité relationnelle entre des acteurs hétérogènes. Première condition, l’ouverture entre les membres de la communauté des tiers-lieux elle-même et le monde extérieur (société civile et autres tiers-lieux). Cette ouverture réside dans la conviction que l’innovation repose sur la masse critique des connaissances mobilisées et la capacité des usagers à concevoir des solutions originales et différentes de celles prévues initialement par les concepteurs. Les tiers lieux sont également des lieux neutres, qui permettent de réduire les relations hiérarchiques de travail, les différences sociales, favorisant ainsi les rencontres informelles et personnelles.

Dans cette perspective, les compétences des médiateurs sont fondamentales au fonctionnement des tiers-lieux. Elles permettent de construire des relations de confiance entre des acteurs socio-économiques et culturels différents, dépositaires d’habitudes de travail et de logiques cognitives distinctes. La convivialité et la flexibilité des tiers-lieux (atmosphère ludique, créative) sont tout aussi essentielles pour créer un sentiment de vie communautaire. La communauté d’acteurs des Tiers lieux peut ainsi travailler, se restaurer, se cultiver, flâner et se distraire grâce aux aménités mises à disposition.

Un nouveau rapport au travail, à la production et à la consommation

Les tiers-lieux présentent la spécificité d’interroger la finalité des productions. Sont tour à tour évoqués des objectifs très hétérogènes : « faire soi-même » (« Do it Yourself »), « créer du lien social », « mieux satisfaire les besoins qui s’expriment dans la société », « augmenter la qualité des produits, services et technologies », « produire de manière durable et responsable » etc. Au travers de ces objectifs ambitieux, l’un des enjeux est d’impliquer le plus grand nombre d’acteurs et de favoriser les initiatives ascendantes. Par ailleurs, le travail au sein des tiers-lieux repose sur l’ouverture, la collaboration, l’échange, l’interdisciplinarité, la co-production. Les usagers / utilisateurs sont ainsi placés au cœur du système d’innovation. Les tiers-lieux facilitent également le passage à l’expérimentation « grandeur réelle ».

Quant au modèle économique, celui-ci est avant tout hybride. Il émane de plusieurs sources de financement : subventions, adhésions, locations, prestations, crowdfunding, etc. Enfin, ces espaces procèdent généralement d’une remise en cause de la propriété intellectuelle classique et de promotion du « libre » ou de « l’open source ».

Une notion à expérimenter et co-construire

Face à la richesse et aux potentialités de ces espaces émergents, nous souhaitons inviter le plus grand nombre d’acteurs à partager recherches, expériences et projets. Tout le monde est concerné : élus et responsables de l’aménagement et de l’attractivité territoriale, universitaires, acteurs économiques, partenaires sociaux et aussi citoyens, salariés, travailleurs indépendants et entrepreneurs.

Lire l’intégralité de l’article du 21/12/16 sur le site ECHOSCIENCES Grenoble

Crédit photo : echosciences-grenoble.fr

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