Urbanisme tactique & participation citoyenne

Par Carlos Moreno

Un peu partout dans le monde, à l’heure actuelle, une prise de conscience s’opère. Les villes, qui concentrent de plus en plus de monde – une tendance qui ne va faire que s’accentuer dans les années à venir – doivent être repensées et réaménagées pour demeurer des lieux où avant tout il fait bon vivre. Dans ce contexte, les espaces publics sont réinvestis comme des espaces stratégiques, grâce auxquels le visage d’une ville peut être profondément transformé.

Les espaces publics sont en effet des lieux de brassage, de rencontres, d’échanges et à ce titre, ils participent à la cohésion sociale de la ville. Ils sont aussi porteurs d’enjeux majeurs de santé publique : à l’heure du réchauffement climatique et de l’augmentation de la pollution de l’air urbain, il est crucial de mieux intégrer des espaces piétons et cyclables, des zones vertes et des plans d’eau au sein des villes. À l’approche de la COP21, c’est un défi et un enjeu majeur pour tous les acteurs de la ville du nord au sud et de l’est à l’ouest de notre planète majoritairement urbanisée.

L’urbanisme tactique : réinventer les rues
Parmi différentes villes dans le monde, l’urbanisme tactique ou acupuncture urbaine se déploie comme une manière d’associer des initiatives citoyennes aux transformations des espaces publics dont par exemple les rues. Cette approche de « hacker » les rues permet de construire à ciel ouvert des initiatives pionnières de transformation des usages des espaces publics à l’heure où par exemple la place des voitures dans les villes est reconsidérée en profondeur dans de nombreuses villes Madrid, Tokyo, Paris, par exemple. Le site The Better Block compile et présente nombreuses initiatives à travers le monde d’urbanisme tactique.

Quelques exemples
Plusieurs villes à travers le monde se sont déjà emparées de cette approche, ce qui leur a permis de devenir, via une identification entre les citoyens et leur ville, des lieux plus ouverts et plus vivants. Je citerai notamment Montréal, Medellin et Sidney que j’ai déjà étudiées dans ces colonnes, mais aussi Paris, Nantes, Bordeaux, Détroit, Philadelphie, Amsterdam, Kyoto, Cap Town…

Le site Project for Public Spaces porte également cette vision d’une réappropriation par les habitants des espaces publics de leur ville. Le concept ? Repenser les rues, en en faisant non plus des lieux de transit mais des espaces publics, dans lesquels s’enracine l’esprit des communautés (Streets as Places). Le site répertorie des exemples de bonnes pratiques à travers le monde : à Saragosse, en Espagne, par exemple, le projet expérimental « estonoesunsolar » a permis de reconvertir des espaces urbains vides ou inutilisés en espaces publics attractifs pour les habitants. Plus de 60 associations de quartier se sont déjà mobilisées, permettant à 33 sites de renaître à la vie, soit une superficie de plus de 42 000 m2. Autre exemple : le Campus Martius Park de Détroit devenu au cours de la dernière décennie, l’un des espaces publics les plus dynamiques des Etats-Unis. Toute l’année, ces espaces verts au cœur de la ville réunissent les habitants des quartiers voisins pour des activités variés (yoga, patinoire, cours de danse etc). Le parc a d’ailleurs considérablement contribué à la revitalisation économique des blocks environnants.

Autant d’initiatives encourageantes et stimulantes qui doivent servir de point de repère à la communauté mondiale des acteurs de la ville, mais aussi aux citoyens eux-mêmes, et qui s’investissent pour changer le visage de leur ville !

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